Etude : les industriels et la transition énergétique

Etude : les industriels et la transition énergétique

  • Posted by Hubert Senant
  • On 17 janvier 2018
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Réalisée entre le 10 juillet et le 3 septembre 2017 auprès de 210 décideurs de l’industrie (PDG, Responsables HSE, RSE et DAF), cette étude fait le point sur le sujet de la transition énergétique. Qu’en pensent les industriels ? Sont-ils matures sur ces sujets ? Quelles applications concrètes ont-ils mis en oeuvre ? Quels retours sur investissements sont-ils en droit d’attendre ?

 

Largement considérée comme inévitable et indispensable, la transition énergétique apporte de nombreux bénéfices selon les industriels (innovation, croissance, etc.), mais peut s’avérer difficile à mettre en place car coûteuse pour les entreprises

En 2017, la transition énergétique est incontournable aux yeux d’une très grande partie des décideurs de l’Industrie : 70% estiment avant tout qu’il s’agit aujourd’hui d’un mouvement de fond nécessaire. Quant aux autres sociétés du secteur, 17% vont jusqu’à dire qu’il s’agit d’une vraie révolution, tandis que les considérations plus critiques apparaissent marginales : 7% parlent d’un mélange d’initiatives parfois hasardeuses et 4% seulement d’un effet de mode.

Elle est en effet bénéfique pour de multiples raisons, en tête desquelles les industriels placent le fait qu’elle pousse à l’innovation (94% dont 53% « tout à fait ») et qu’elle contribue efficacement à la lutte contre le dérèglement climatique (83%/43% « tout à fait »). Son rôle sur le plan économique est également largement souligné par ceux-ci : pour environ ¾ des sociétés interrogées, elle dynamise la croissance économique (78%/22%) mais aussi créé de l’emploi (74%/22%). Sa contribution à l’indépendance énergétique de la France est également un avantage reconnu par 72% des industriels (dont 31% « tout à fait »). Enfin, son impact positif sur la facture d’énergie des entreprises est majoritairement désigné (63%), mais sur cette question, les sociétés émettant des réserves sont plus nombreuses (30% d’avis négatifs).

Si elle est apparaît indispensable et bénéfique, le coût de la transition énergétique est néanmoins un obstacle de poids pour les industriels : 55% évoquent le manque de moyens financiers et 49% la difficulté à justifier le retour sur investissement (plus encore dans les grandes entreprises : 58%). Une part non négligeable d’entre eux pointe également du doigt des difficultés liées aux ressources humaines en interne (33% le manque de compétences et 23% le manque de moyens humains) ou encore déplore la résistance au changement des salariés (21%). Enfin, un quart d’entre eux dénonce la complexité ou la maturité des offres proposées par les prestataires ou les start-ups (26%) et 20% le manque d’informations sur le sujet.

Si certains évoquent quelques difficultés de mise en place, la transition énergétique est en marche dans le secteur de l’industrie : elle se traduit par des projets concrets en cours ou déjà réalisés et se révèle être une aubaine pour l’activité du secteur

Invités à décrire spontanément la transition énergétique dans leur entreprise, 50% expliquent qu’elle est bien en cours : elle apparaît au moins intégrée à une volonté politique voire érigée comme une priorité pour 13%, mais surtout nombreux sont les industriels à évoquer des projets concrets (41%) : parmi les actions les plus fréquemment mises en place ou prévues, on recense celles liées à l’amélioration de la performance énergétique et la réalisation d’économies d’énergie (16%), le recours ou la contribution aux énergies renouvelables (11%) ou encore l’aménagement de locaux durables (8%).

Près d’1/4 évoquent toutefois une transition absente, insuffisante ou encore difficile à mettre en place dans leur entreprise (22%) : 7% affirment que les projets sont actuellement insuffisants et 6% qu’elle est difficile ou longue à installer, avec comme raisons spontanément évoquées celle du coût (5%) ou du manque de solutions, d’innovations ou de connaissances sur le sujet (2%).

Concrètement, si elle est considérée par ¼ des industriels comme une source de contraintes réglementaires, au yeux des entreprises interrogées elle est avant tout une aubaine pour leur activité : la transition énergétique est décrite comme une opportunité pour de nouvelles activités par 45%, un moteur pour améliorer la performance de leur entreprise pour 42% et un thème qui permet de mobiliser les collaborateurs pour 31%. Ainsi les opinions les plus distantes ou critiques sont très mineures : 10% disent qu’il s’agit d’un sujet qui ne les touche pas directement et 8% parlent d’une menace pour leur activité.

Aussi, le niveau d’engagement décrit reflète un processus désormais enclenché dans de nombreuses industries françaises : en moyenne, celles-ci s’attribuent une note de 6/10 s’agissant de leur niveau d’engagement en matière de transition énergétique, et elles sont près d’un tiers à se présenter comme très engagées au travers d’une note au moins égale à 8/10. Notons que cette moyenne est tirée vers le haut par les grandes entreprises, plus nombreuses à très bien s’évaluer sur ce plan (notes de 9 ou 10). A l’inverse, 27% des industries situent leur niveau d’engagement en deçà de la moyenne.

Ainsi, la transition énergétique répondrait aux attentes majeures des industriels impliqués dans ce processus : bénéficier d’une meilleure rentabilité et santé économique mais aussi dans une moindre mesure embellir leur image

Si les industriels ont décidé de s’impliquer sur ce sujet, c’est avant tout pour des raisons économiques et d’image : la réduction des coûts d’approvisionnement en énergie est à l’origine de l’engagement des industriels dans 1 cas sur 2 (49%), suivie du souhait d’améliorer son image (35%) ou sa compétitivité (34%), tandis qu’un tiers explique qu’il s’agissait de se conformer aux obligations réglementaires (33%). Ainsi les raisons environnementales ou plus sociétales n’ont pas été les plus décisives : 32% évoquent une prise de conscience de la responsabilité de chacun dans la lutte contre le réchauffement climatique et 26% la réduction des émissions de carbone. Les sujets de la réduction de la dépendance énergétique (25%) ou la volonté de renouveler les équipements ou réaliser de nouvelles constructions (15%) ont eux aussi été moins déterminants.

Pour se faire, un peu plus de la moitié des industriels pilotent seuls l’intégralité de cette transition (55%, notamment les plus petites entreprise : 74%) tandis que 47% font le choix de confier cette mission à un prestataire externe (un choix majoritaire pour les grandes entreprises : 63%) : 31% travaillent surtout avec des cabinets de conseil spécialisés, 18% avec de grandes entreprises de services énergétiques et 7% font plutôt appel à des start-ups spécialisées.

La recherche d’efficacité énergétique est omniprésente chez les industriels qui, pour y parvenir,  cherchent avant tout à maîtriser leur consommation, n’hésitent plus à bousculer leur process et production, voire pour certains décident d’encourager ou de contribuer à l’émergence d’énergies nouvelles

L’efficacité énergétique est l’une des problématiques relatives à la transition énergétique les plus avancées dans l’industrie française :

  • quasiment tous les industriels affirment avoir mis en place des actions d’efficacité énergétique (92%) : 27% des entreprises se sont dotées d’un système de management certifié, 25% disposent d’un audit énergétique et d’un plan d’actions, et 40% mènent au moins des actions ponctuelles. Les grandes entreprises se démarquent avec des actions durables plus fréquentes (système de management certifié : 38% ; audit et plan d’actions : 35%) tandis que les petites entreprises agissent de manière plus occasionnelle (66% mènent des actions ponctuelles).
  • Parmi eux, les trois quarts se sont fixés des objectifs quantitatifs en matière d’efficacité énergétique (73%), 41% les ont formalisés contre 32% qui ne l’ont pas fait.

Concrètement

  • l’implication des industriels en matière d’efficacité énergétique passe avant tout par des actions visant la maîtrise de la consommation énergétique : 63% agissent sur le plan de la maîtrise des usages de la demande énergétique, 60% sur le remplacement des équipements énergivores, 55% sur le pilotage plus fin des équipements énergivores.
  • aussi, la recherche d’efficacité énergétique a remis en question le fonctionnement et la production d’1 industriel sur 2 : 51% évoquent une modification des process et 46% l’éco-conception des produits.
  • enfin le recours aux énergies renouvelables ou la contribution des industriels à la production de celles-ci sont certes moins répandus mais concernent une part non négligeable des entreprises répondantes : 38% ont investi dans un système de récupération de chaleur et de valorisation des matières industrielles produites, 31% consomment des énergies renouvelables et 27% sont en autoproduction d’énergies renouvelables.

A ces actions déjà mises en place, il faut ajouter environ 20% d’industriels qui envisagent de les mettre en place : 17% à 28% prévoient une implémentation de ces actions. De nouveau les entreprises les plus importantes en taille sont celles dont le niveau d’implémentation d’actions relatives à l’efficacité énergétique est le plus élevé par rapport aux petites entreprises qui apparaissent en comparaison moins actives.

Si les investissements effectués permettent à la plupart des industriels d’effectuer des économies d’énergie, le retour sur investissement des actions menées en matière de transition énergétique n’apparaît pas encore suffisant pour convaincre plus largement les industriels.

Sur l’ensemble des investissements effectués au cours des 2 dernières années, environ ¾ des entreprises qui ont mis en place des actions ont consacré 10% ou moins à la transition énergétique : 48% des industriels ont dédié moins de 5% à cette cause, et 30% entre 5% et 10% des sommes investies.

Aussi, pour 7 industriels concernés sur 10, ce placement s’est avéré judicieux avec des résultats efficaces en matière d’économies d’énergie (70%) : 25% évoquent une baisse de moins de 5%, 28% un gain compris entre 5% et 10%, 12% ont gagné 11% à 20%, et enfin 5% ont vu leur consommation chuter de plus de 20%. Seuls 4% n’ont observé aucun impact positif, 26% expliquant à ce stade manquer de recul pour répondre.

Au final toutefois, le bilan financier des actions mises en place sur le plan de la transition énergétique apparaît pour l’heure en demi-teinte : le retour sur investissement des actions en la matière divise les industriels, une courte majorité se disant satisfaite du ROI au regard des investissements engagés (55%). Ils sont néanmoins un peu plus nombreux à considérer le ROI satisfaisant pour engager de nouveaux projets, 63% étant de cet avis.

Alors que les mécanismes visant à inciter les entreprises à réduire leurs émissions de carbone ont une portée limitée selon les industriels, la transformation digitale se présente comme un facteur déterminant pour faciliter les entreprises à agir en faveur de la transition énergétique

Les dispositifs mis en place pour inciter les entreprises à réduire leurs émissions de carbone manquent d’efficacité aux yeux des industriels : seule une courte majorité estime le certificat d’économie d’énergie (55%) et les appels à projet (54%) efficaces sur ce plan, tandis que 40% perçoivent la taxe carbone incitative et seulement 27% le pensent des quotas carbone.

Pour faciliter le travail des entreprises sur le plan de la transition énergétique, la transformation digitale est perçue comme une alliée par 1 industriel sur 2 : 48% estiment qu’elle facilite les actions de ce type, et ils sont deux fois moins nombreux (24%) à ne pas percevoir de lien entre les deux projets, tandis que 28% n’ont pas d’opinion sur cette question.

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